Conférence Volcan de Java - 17 janvier 2012

Indonésie : "L'unité dans la diversité"

Considérée comme un paradis exotique par les agents de voyage, l'Indonésie est souvent réduite à Bali, sa destination "phare". C'est à peine si les circuits touristiques proposent de faire un détour par les environs de Yogyakarta, au centre de Java, ou par le pays Toraja au sud de Sulawesi. Devenue dans les années quatre-vingt-dix, une des principales destinations touristiques au monde, l'Indonésie est paradoxalement restée un des pays les moins bien connu par les Occidentaux ! Pays de superlatifs, l'Indonésie est formée de plus de 13660 îles et îlots, ce qui en fait le plus grand archipel du monde ! Bon nombre de ces îlots sont inhabités, mais certaines de ces îles comme Java ou Bali ont des densités de population parmi les plus fortes sur Terre. L'archipel est peuplé par plus de 220 millions d'habitants, dont 80% se massent à Java, sur une surface qui atteint à peine un tiers de celle de la France. Quatrième pays au monde en ce qui concerne sa superficie, mais aussi sa population, ce "Pays archipel" est une véritable mosaïque de peuples, de coutumes et de langues artificiellement réunis par la colonisation hollandaise et maintenue soudés derrière le slogan national, "Bineka Tunggal Ika" qui signifie " L'unité dans la diversité"…

En 1989, quand je débarque pour la première fois à Jakarta, comme n'importe quel Occidental je ne suis pas préparé à ce qui m'attend. Ce sont les volcans qui m'ont attiré jusque-là. J'ai dans la tête tous les chiffres et, encore une fois, tous les superlatifs attachés aux volcans Indonésiens. Près de cent trente volcans actifs, c'est-à-dire environ dix pour cent des volcans du Globe avec, parmi eux, des volcans mythiques, comme le Krakatoa, que je vais bientôt apprendre à appeler Krakatau, comme les Indonésiens, le Merapi ou le Tambora qui détient le record du nombre de vies prélevées à nos semblables sur la Planète. J'ai vaguement parcouru la carte avant de partir, mais rapidement, comme tout le monde, je me suis contenté de parcourir les îles et les volcans de Java et de Bali… Et de faire une rapide incursion dans le sud de Sulawesi, chez les Torajas.

Cette immersion rapide, trop rapide, dans un univers si riche en nouvelles sensations fut déterminante quant à la suite de mes pérégrinations. Odeurs, sons, sourires… L'Indonésie est un choc, un foisonnement de vie, presque un grouillement qui peut effrayer quand on arrive pour la première fois à Java. Mais rapidement, les sourires et la gentillesse des Indonésiens vous rassurent et un nouvel espace culturel s'ouvre à vous, inconnu, étrange, mais extrêmement attractif pour un esprit curieux. À peine six mois, plus tard, en février 1990, frustré par un premier séjour, trop court, j'étais de retour à Java. Ce n'était là que le début d'une étrange relation entre l'Indonésie, ses volcans et moi… Quelques années plus tard, j'allais commencer une étude sur les volcans du nord de Sulawesi et découvrir l'une après l'autre, autant par curiosité scientifique que pour mon plaisir personnel, les cinq provinces volcaniques de l'Indonésie. Aujourd'hui, après de nombreux voyage et plus de six ans passé au pays de tous les dieux et les démons, je vous invite à me suivre au fil des vents qui parcourent l'Archipel, à la rencontre d'une de ces îles étranges et si dépaysantes où le mot "gunung" qui signifie "montagne" se confond totalement avec celui de "volcan".

Java, sur l'échine du dragon

Je ne compte plus les fois ou j'ai traversé Java dans un sens ou dans l'autre, mille kilomètres à vol d'oiseau, d'est en ouest, mais beaucoup plus par voie terrestre. Avec une sensation dominante tout le long du trajet, cette impression de ne jamais quitter un immense village qui s'étendrait presque sans discontinuer d'un bout à l'autre de l'île. Bien entendu, quand on quitte Jakarta, la plus grande ville d'Asie du Sud-est, la campagne javanaise semble calme. Mais en réalité, il y a du monde installé partout le long de la route et le moindre "petit village" comprend plusieurs milliers d'âmes. Quelques espaces naturels ont miraculeusement échappé à cette densité de population qui peut largement dépasser les 900 habitants par kilomètre carré. Ces zones plus ou moins bien préservées sont pour la majorité associées aux parties sommitales des volcans, trop hautes pour êtres cultivées, trop inaccessibles pour êtres habitées, ou parfois trop dangereuses. En effet, une trentaine de volcans à Java sont considérés comme pouvant entrer en éruption. C'est la plus forte concentration de volcans actifs de l'archipel, les relations entre les hommes et leurs turbulents voisins y sont donc naturellement exacerbées. Les volcans font  partie intégrante de la vie javanaise. Les risques volcaniques sont importants et le besoin d'exorciser les peurs qu'ils engendrent ont fait naître de nombreuses légendes ou croyances à l'époque ou le pays était géré par des Rajas hindouistes. Aujourd'hui, les javanais sont devenus musulmans, mais les vieilles croyances sont restées et les esprits et les démons d'antan sont toujours vivants, là-haut sur les volcans.
Le sultan de Yogyakarta, au centre de Java, est donc ainsi resté le gardien du démon qui hante le Merapi. Héritier d'une tradition qui s'est transmise pendant dix générations, le sultan a sur le volcan un homme qui le représente, le Juru Kunci ou maître des clefs. Seul cet homme est en relation mystique permanente avec le démon qui hante le volcan. Il est également le seul à pouvoir déceler les humeurs du monstre. À chaque éruption, il donne son avis sur l'évacuation. Et parfois, comme en 2006, alors que les nuées ardentes de l'éruption en cours approchent dangereusement des villages, le Juru Kunci déclare qu'il n'y a pas de danger ! Les volcanologues du VSI (services volcanologiques indonésiens) sont atterrés car les risques sont énormes. Alors, pour la première fois le sultan va désavouer son Juru Kunci et demander à la population de répondre aux appels de la science, et non à celui de la tradition : il va leur demander d'évacuer.
Le VSI est présent et surveille plus d'une soixantaine de volcans dans l'archipel. À Java, comme sur les autres îles, les volcanologues indonésiens sont sur place dès les premières heures d'une éruption. J'ai eu l'occasion de travailler avec eux, parfois dans des situations difficiles, lors de plusieurs éruptions, au Kelut en 1990, à Krakatau de 1992 à 1997, au Papandayan en 2002, et au Merapi de 1994 à 2006. Ils gardent toujours le sourire, à l'instar des populations qu'ils côtoient, et dont ils sont issus.
Mais si la vie semble si douce à Java et la terre si fertile, c'est également en grande partie grâce au volcans. Les cendres volcaniques saupoudrées sur l'île par ces incessantes éruptions se transforment en quelques mois, sous le climat équatorial javanais, en des sols argileux très riches en oligo-éléments. Les récoltes de riz peuvent alors se faire une fois tous les cinq mois. La canne à sucre, le tabac et l'hévéa en plaine, le café et le thé sur les hauteurs, sont tous sous l'influence des cendres volcaniques. Même la luxuriance de la forêt pluvieuse javanaise montre qu'elle profite également de cette manne, quand elle ne recule pas sous la pression démographique.
Alors que les sources chaudes sont déjà utilisées depuis très longtemps en de très nombreux endroits dans toute l'île. C'est au milieu du XXe que la chaleur des volcans, sous forme d'énergie géothermique fait son entrée dans la vie des Javanais à Dieng, puis à Kamojang. Le soufre, récolté dans les solfatares, sert lui aussi depuis la nuit des temps à lutter contre les maladies de peau dans la médecine traditionnelle. Et, depuis plusieurs centaines d'années déjà, les javanais ont appris à utiliser une roche volcanique grise, l'andésite, avec laquelle ils ont construit des monuments comme Borobudur et Prambanan, deux temples majestueux faits pour impressionner, mais aussi des milliers d'autres, plus modestes dont certains, englouti sous les cendres ou les coulées de boue des volcans attendent encore aujourd'hui d'êtres redécouverts. Les volcans se cachent aussi dans la tradition javanaise, et par exemple, dans le célèbre théâtre de marionnettes, le Wayang, dont il existe deux versions, le Wayang Golek, réalisé avec des marionnettes de bois, et le Wayang Kulit, dont les figurines en peau de buffle sont utilisées dans un théâtre d'ombre. Dans ce dernier, une des figures représente à la fois une montagne, un volcan et le sultan de Yogyakarta. Mais la dernière contribution des volcans à la société javanaise est sans aucun doute leur fréquentation touristique. Au Bromo, des légions de touristes se rendent chaque matin sur le bord du cratère pour assister au lever du soleil. Dans les solfatares du Kawah Putih, de Dieng, du Papandayan ou du Tangkubanprahu, l'accès est maintenant facilité par des infrastructures qui permettent pratiquement l'accès du cratère aux voitures. Les volcans effraient de moins en moins les Javanais, et ils sont de plus en plus nombreux à fréquenter les cratères de leurs turbulentes montagnes, jusqu'au jour où certaines d'entre elles leur rappelleront que les volcans sont dangereux en entrant en éruption, comme le Papandayan réveillé après plus de soixante ans de calme, en 2002.

Une vieille légende javanaise prétend que Java est installée sur le dos d'un dragon dont un des yeux serait le volcan Merapi. Chaque fois qu'il bouge, l'île tremble et les volcans entrent en éruption. Et, nul ne sait quand le dragon se réveillera la prochaine fois…

Frédéric Lécuyer

affiche PO
Dimanche 24 juin
toute la journée
Journée Portes Ouvertes
à la piscine
Information complète à venir

Contacts et accès

Mairie de Murat
Place de l'Hôtel de Ville - 15300 MURAT

Tél.: 04.71.20.03.80
Fax: 04.71.20.20.63

   

ville fleurie1 Logo charte 3feuilles
0 Phyto cité de caractère  
ville jumelee